A propos...





SOMMAIRE


De la Vie à la mort d’une source d’eau minérale gazeuse naturelle


 


INTRODUCTION&

Première Partie : La Source elle-même&

Frise Chronologique&

A. La Vie et la mort d’une Source d’eau minérale gazeuse naturelle.&

1. Présentation de la Source&

La Légende&

B. Exploitation de la Source&

1. La source et son exploitation aux XVIIème et XVIIIème Siècle.&

2. La Vie aux Bains au 18ème Siècle.&

3. Les Curistes célèbres du 18ème Siècle.&

4. La Source au XIXème Siècle.&

5. La Source au XXème Siècle.&

Deuxième partie : Les autres sources&

LA SOURCE DU CHATEAU : de sa découverte à nos jours & les autres Sources&

CONCLUSION&

BIBLIOGRAPHIE&

SA VIE&

Avec un œil plus attentif et plus curieux, il pourra distinguer au loin le château seigneurial alimenté en eau par la source du château. Il est devenu aujourd’hui la maison de retraite des sœurs de Ribeauvillé.


Dans cette belle contrée, à 200 m du village, jaillit une autre source découverte bien avant ; La source GONZENBACH. Elle sort d’une montagne granitique appelée l’Oberfeldwald.


1603 - 1993 : 390 ans d’existence, presque quatre siècles ininterrompus !


Voilà la durée de vie de la source GONZENBACH, si chère à nos cœurs, qui a été purement et simplement rayée de la listes des sources d’eau minérale gazeuse naturelle d’Alsace, de France, et de Navarre. Quatre siècles d’histoire qui ont fortement imprégné celle de notre village, de ses habitants, de son économie et de sa renommée !


Il serait dommage de laisser tomber dans l’oubli ces quatre cent ans de la vie de notre cité. Aussi avons-nous tenu à rappeler l’histoire de cette source afin que notre génération et les futures ne l’oublient pas, et, pourquoi pas, en attendant la renaissance dans un avenir le plus proche possible.


Première Partie : La Source elle-même


A. La Vie et la mort d’une Source d’eau minérale gazeuse naturelle.


La Légende



Campaux, sage héritier de sa veine gauloise,

Toi qui sais trier l’or de son impur filon,

Jadis en vers charmants tu peignis ce vallon.


"Plein de silence et de verdure,

"Où la pomme et la noix croissent à l’aventure

"Ce paisible Soultzbach et son brusque lavoir

"Où la langue s’escrime à l’envie du battoir."


Mais si tel qu’une sobre et délicate abeille,

Dans cette opulente corbeille,

Tu pris à chaque fleur la juste part de miel,

Tu n’as point épuisé ces doux présents du ciel.


Le bourg, les bains, le val ne sont plus à décrire.

Sans doute, et nul ne peut retoucher les tableaux ;

Mais sur leur fraîcheur source, aux salutaires eaux,

Sur le temps, où l’on vit de ses gaz et métaux,

Pour la première fois les effets se produire,

Il reste encore un mot à dire.


Ce n’est point un gourmand bien repu, bien truffé,

C’est la chèvre, dit-on, qui trouva le café.

Ainsi nul médecin pour guérir la jaunisse,

La chlorose ou le spleen, jadis, près du Mûhlbach,

Ne découvrit les eaux, le trésor de Soultzbach ;

Ce fut une candide et folâtre génisse,

Pour sa corne croissante et son gentil museau,

Son poil étincelant, sa croupe rebondie,

Blaeschen (c’était le nom de la belle étourdie)

Etait la perle du troupeau.


Du maître, des bouviers, c’était la favorite,

Ainsi le pastoureau chargé de la garder,

Sous l’épaisse feuillée, à toute autre interdite,

La laissait-il au loin brouter et gambader.


 


Quand Frantz la rappelait, son mufle tout humide,

Ses bonds joyeux, son œil brillant,

Prouvaient qu’en je ne sais quel réservoir liquide,

La folette, sans surveillant,

A la soif un instant livrée,

d’un breuvage inconnu, mais frais et pétillant,

S’était, à larges coups, tout-à-l’heure enivrée...

Jamais on ne lui vit de frisson, de langueurs,

Ni d’amaigrissement tristesse.

Loin de là, chaque jour, avec son allégresse,

Croissaient son embonpoint, sa taille et sa vigueur.


Un soir, dans le hallier notre espiègle cachée,

Lorsque Frantz l’appela, resta sourde à sa voix ;

Le pastour inquiet, après l’avoir cherchée

Jusqu’à la nuit dans le grand bois,

S’en revenait le long de l’obscure tranchée,

Le front bas et le cœur chagrin...


Tout-à-coup il entend, au fond du noir ravin,

Un bruit qu’il reconnaît : c’ était sur le bassin,

Pour boire un dernier coup, la gourmande penchée.

Il descend aussitôt ; par la chaleur du jour,


Par sa vaine et pénible course

Lui-même altéré, dans la source,

A longs traits s’abreuve à son tour.


Mais quel goût inconnu, quelle saveur piquante

Il y trouve ? Il remonte enfin, tout guilleret,

Et regarde la ferme avec la délinquante.


Le lendemain, le jour suivant, le garçonnet

Revint à l’abreuvoir ; l’onde vivifiante,

En moins de dix mois, fît du pâtre maigrelet,

Dont la mine attristait et le cœur et la vue,


Le gars le plus beau du chalet.

Un grand bouvier robuste, à la face joufflue.


 


Le bruit s’en répandit bientôt dans le vallon,

Les fermes, les hameaux, dans tout le voisinage,

Aussitôt gens chétifs, fille, pâle garçon,

Bétail même à l’envie quittant chaque village,

Viennent tous à Soultzbach chercher leur guérison...


D’abord sous un toit de feuillage

Une auge recueillit le précieux breuvage :

La forêt par degrés s’éloigna du bassin,

Pour lequel le granit prit la place du chêne ;

Un hôtel s’éleva, s’entoura d’un jardin,

Où la fraise rougit sous le prunier, le frêne ;

Et quand buveurs, baigneurs, s’y trouvent à la gêne,


-Car du pays le plus lointain

On accourt maintenant à ce salubre bain -

Alors une auberge prochaine,

Que dis-je ? un vrai château, par Schangel rajeuni,

Offre chambres et lits, et tables appétissante,

Salon même, bosquet, promenade riante,

A l’hôte, du palais par les trop-plein banni.


J.J. LAURENT


Colmar, 1869.





Ce document, véritable louange des vertus des eaux de Soultzbach, relève avec une instance particulière le grand nombre de malades qui venait alors demander à cette eau le soulagement ou la guérison de leur maux. Les nobles et même les princes donnaient l’exemple. De nombreuses améliorations furent apportées dès le début de l’exploitation au 17ème siècle.


Plusieurs auges de pierres furent établies ainsi qu’une longue auge en madrier de chêne, pour recevoir la précieuse source. Le propriétaire sut capter en plusieurs filets qu’il baptisa de noms différents autant pour plaire à des illustres hôtes que pour soigner sa réclame. L’un des minces filets reçu le nom de "Source de l’Archiduc" parce que l’Archiduc Léopold d’Autriche fut un des premiers à en faire usage, dans une maladie grave. Un autre fut baptisé "Source de Ribeaupierre" en l’honneur du comte Eberhardt de Ribeaupierre qui vient à son tour demander à l’eau de Soultzbach le rétablissement d’une santé usée au service de l’empire. Lui, ainsi que plusieurs seigneurs, en firent usage avec beaucoup de succès selon les conseils et sous la surveillance de MEZIUS.


Ces deux sources furent appelées plus communément "Tintenwasser", -fontaines de l’encre-, à cause de sa saveur particulière.


Le réservoir pouvait contenir 1800 Litres d’eau, vidé il se remplissait en moins de

4 heures.


Ces premières installations en 1612 avait attiré bien vite un grand nombres de baigneurs et de dégustateurs.


Dès 1612, des hôtels furent construits à Soultzbach, celui à côté de la source elle-même, fut construit par le gendre de Monsieur de Gonzenbach, Monsieur Immerklein.


Pour les autres constructions les barons de Schauenbourg laissèrent aux bourgeois de leur fief le soin de loger les curistes. Ils en tirèrent grand profit, parfois, il est vrai, au désavantage des baigneurs et des malades...


En 1612, la réputation des eaux de Soultzbach était déjà assez grande pour motiver de nombreuses parution d’ouvrages scientifiques, dont celui de Schwenck de Bâle.


La renommée toujours croissante des eaux et l’affluence des étrangers qui y venait des contrées les plus éloignées, rendirent urgent les réparations de l’année 1614.


En 1683, Chrétien SCHERB fît paraître son précis, intitulé "Kurtzer Unterricht vom Sauerbrunnen zu Sultzbach in St-Grégoiriiathal elsaesischer Landschaft" dans lequel il dit :


"L’homme est l’être le plus noble de la création, mais aussi le plus misérable, car aucun autre n’est sujet à tant de maladies. Cependant la miséricordieuse sagesse de l’Eternel n’a pas voulu que l’homme périsse si pauvrement ; elle a crée les remèdes les plus variés et es si grand nombre que nous ne saurions jamais en inventer autant. Ainsi a-t-elle doté la délicieuse et fertile vallée de St Grégoire d’une eau acidulé.


C’est là que des pays les plus éloignés accourent des centaines d’hommes pour y chercher la santé. Mais les malades qui suivent une cure à Soultzbach commettent une foule de fautes hygiéniques et des péchés thérapeutiques dans l’usage de ces eaux. C’est pour faire connaître aux médecins et aux malades les vraies règles à suivre dans leur emploi interne et externe que l’auteur à écrit ce petit livre."


Le Docteur Scherb termine par le vœu :


"Que le médecin divin qui a béni notre Alsace de sources médicinales et salutaires veuille bien les conserver dans leur intégrité à travers les siècles et pour le salut de l’humanité souffrante."


Vint le 18ème siècle, à la fin duquel Soultzbach devait atteindre l’apogée de sa renommée. L’installation fut remaniée.


Dès 1708, la source fut recueillie dans une auge carrée en pierre de taille. On construisit une halle au-dessus de laquelle fut établi le logement du fermier, car depuis de longues années, les Schauenbourg avaient l’habitude d’affermer la source.


Pour que les baigneurs en temps de pluie trouvent un refuge, on leur aménagea une petite salle.


Cependant, les installations restèrent assez rudimentaires.


Malgré l’afflux des clients, la disposition de lieux de bains étaient loin de présenter les agréments et le confort qu’il offrirent dans la suite. Toutefois, ils étaient toujours de plus en plus fréquentés. Ils furent très à la mode dans la contrée. Les Bâlois passaient pour être sujets à une espèce de folie dont les eaux de Soultzbach les libéraient, mais qui les reprenait à peine étaient-ils retournés chez eux. L’habitude leur avait même attribué aux abords de la Source une place particulière, dite le "Coin bâlois". "Das Basslerwinkelein im Narrenbad" - où les citoyens de cette ville se retrouvaient pour boire l’eau en société.


A Soultzbach, on s’amusait beaucoup. Plus d’une intrigue amoureuse, si l’on en croit certaine chronique, se serait nouée et dénouée dans ce riant décor. C’était un lieu, disait MIEG, où l’on gagnera en force en s’exerçant dans la maîtrise de soi, "Wo man sich mit Bemeistern eigener Begierde staercken kann". La plupart des baigneurs ne s’y rendaient certes pas dans cette intention.




D’autres célébrités y vinrent.


En 1754, VOLTAIRE, séjournant à Colmar, écrivait à des amis :


"Je ne crois pas que j’aie la force d’aller à Plombières, et je ne sais pas encore si je ne prendrais pas les eaux de Soultzbach qui sont à trois lieux d’ici".


Il partit pourtant à Plombières, d’où il revint rapidement "agacé par la curiosité indiscrète que lui témoignèrent les mondaines". Il préféra alors Soultzbach.


En 1762,

Dans ce milieu évoluait un officier nommé d’Entrague. Casano l’avait remarqué parce qu’il était toujours accompagné d’une jeune femme dont il semblait fort jaloux et qui se faisait appeler Mme Saxe.


D’Entrague aimait aussi passionnément le jeu, surtout le piquet, mais pour concilier le double amour qui tourmentait son âme, il exigeait que son amie fut constamment à ses côtés, lorsqu’il tenait les cartes ; le lendemain de son arrivée nous trouvons

- Je ne m’en souci pas, dit-il, car nous ne sommes pas joueurs à l’unisson. Je joue pour mon plaisir, tandis que vous ne jouez que pour l’argent.


- Comment cela ? Vous m’offensez !


- Ce n’est pas mon intention ; mais chaque fois que nous nous sommes entrepris, vous m’avez abandonné au bout d’une heure.


- Vous devriez m’en savoir gré, car n’étant pas de ma force, vous perdriez nécessairement beaucoup.


- Cela se peut, mais je n’en crois rien.


- Je puis vous le prouver.


- j’accepte, mais le premier qui quittera la partie, perdra 50 louis.


- C’est dit, mais argent sur table!


- je ne joue pas autrement.


Cette folle gageur acceptée

- Je n’ai pas faim, répond Cette sorte de tournoi avait attiré, comme bien l’on pense, de nombreux spectateurs. On faisait galerie autour des champions. Tous les curieux allèrent souper, puis revinrent tenir compagnie aux infatigables joueurs jusqu’à minuit. A cette heure, quelque fût l’intérêt qu’on prêtât à la lutte, les assistants se retirèrent. Les joueurs demeurèrent seuls dans le silence du tête à tête qui n’était interrompu que par les paroles monotones nécessitées par le jeu. Ils jouaient le plus tranquillement du monde.


A 6 heures du matin les buveurs et les buveuses d’eau commencèrent à circuler et trouvèrent les 2 acteurs toujours en présence l’un de l’autre. Tout en applaudissant à leur constance, ils ne purent s’empêcher de manifester quelque alarme.


A ce moment D’Entrague qui s’affaiblissait toujours davantage, continuait à perdre du terrain : il faisait des écoles brouillait les cartes, comptait mal et écartait de travers. A 9 heures du matin on jouait encore. D’Entrague continuait à perdre, ce qui déplaisait fort à son amie que l’espoir de mettre un terme à la lutte, devenu inégale, avait ramené. Elle insista pour le jeu prit fin, en faisant un nouvel appel à la générosité et à l’humanité de

"Madame, dans l’espoir de vous plaire, je suis prêt à retirer ma gageure et à me désister de rester !"


Il ne devait pas en ce moment - après quarante heures de piquet continu et de jeune presque absolu - avoir l’air fort galant ou fort entreprenant. Cependant d’Entrague eut un accès de jalousie qui le galvanisa. Par un effort suprême il bondit en s’écriant avec aigreur qu’à son tour il ne quitterait le jeu que lorsque l’un des deux tomberait mort.


Le jeu continua donc, mais son terme était marqué, la nature s’insurgeait. D’Entrague chancelant sur sa chaise et tout couvert de sueur s’évanouit. On se hâta de l’emporter.



On cherchait à gagner ses bonnes grâces. Nul ne désirait avoir maille à partir avec ce puissant et redoutable personnage. On festoya chez les "citoyens" et les "citoyennes" qui s’était dépêché de faire disparaître des belles mappes fines les insignes brodées de la noblesse.


Euloge Schneider passa son temps à planter des arbres de la Révolution, un bonnet jacobin en coiffait le sommet, le tronc portait une pancarte où s’alignaient les vers allemands que voici :



ce qui traduit donne :


"Qui à la Loi donne sa foi,

Paye à l’Etat ce qu’il lui doit,

Aime au prochain faire du bien,

Pour la Patrie laisse sa vie,

A mérité la Liberté."


De retour à Strasbourg, Euloge Schneider avait fort à faire pour ne pas laisser rouiller sa guillotine. Songeant avec regret aux beaux jours passés à Soultzbach, il écrivit à ses amis restés là-bas :


"Si je n’avais juré de rester coûte que coûte à mon poste, j’irais passer mes jours dans votre belle vallée à jouir de la nature."


Le destin réserva à ce bourreau sentimental une fin guère glorieuse !


Le lendemain de son mariage avec la jeune fille Barr, Saint Just, ami de Robespierre, le fit arrêter sous prétexte qu’il était entré à Strasbourg avec "un luxe suspect."


Il fut exposé, attaché à la guillotine, sur la place publique (future place Kléber), puis transféré à Paris et guillotiné en avril 1794.



La prospérité de l’endroit avait duré plus d’un siècle. Le contraste est frappant en terre la brillante renommée du bain et son abandon presque complet. Jusqu’à l’époque du Premier Empire, il était encore en vogue, sous les Bourbons plus du tout.


L’heure de la prospérité sonna pour d’autres bains mondains. Les jeux de hasard furent interdits et les bouleversements politiques écartèrent de Soultzbach ses hôtes habituels.


En 1818, l’établissement des bains fut acquis par M. Jacques Bobenrieth que se contenta de faire effectuer des travaux assez sommaires. Il fit concurrence aux bourgeois de la cité en établissant dans la maison du gardien quelques cabines de bain et quelques chambres à coucher. Vu l’état de dégradation du bassin, on répara ses parois.


Il fit aussi recueillir l’eau minérale dans des cruches en terre cuite et la commercialisa.


Les démêlés entre les propriétaire de la Source et celui du château, nuirent à la clientèle, si bien qu’on disait dans la région :


"Ce qu’une gentille petite génisse a trouvé, deux ânes l’on gâté !"


L’installation restait encore bien incomplète et la source elle-même, ce gage de prospérité de l’établissement, se tarissait de plus en plus lorsqu’en 1842, un Suisse, M. de Gonzenbach, homme fort riche et entreprenant, acheta les bains dans l’espoir d’enrayer la ruine et de rendre de nouveau les eaux fréquentables au public.


En 1844, un incendie détruisit les hôtels et les maisons du village les plus aptes à loger les baigneurs. M. de Gonzenbach résolut d’ériger un grand bâtiment de cure et de bain doté d’une cour spacieuse. Il suivit un plan général et raisonné pour mettre la source et les constructions en harmonie avec leur destination.


Les terrains vagues environnants furent convertis en jardins potagers, en jardins anglais, en promenades charmantes, présentant aux baigneurs des points de repos et des échappées de vue très pittoresque. En quinze ans, grâce à ces efforts, les bains purent reconquérir quelque chose de leur ancienne réputation : une nouvelle ère s’annonçait.


En 1854, un certain Docteur Robert décrit l’état des bains et dit entre autres :


‘Tout les travaux exécutés avec intelligence et bonheur par les efforts du propriétaire actuel ont obtenu les suffrages unanimes du public et surtout des médecins de Colmar, de Mulhouse et de Strasbourg."


A partir de cette époque, la fréquentation de l’établissement de bain a repris. Des groupes nombreux de la meilleure société du paye et de l’étranger se donnent rendez-vous dans cette charmante contrée pendant toute la saison.


L’affluence des visiteurs s’est tellement accrue que malgré les ressources hôtelières de l’établissement, les baigneurs sont quelques fois obligés, faute de place, de se caser à Soultzbach où l’on trouve des logements convenables chez divers particuliers pour une trentaine de personnes.


Un hôte illustre marqua encore la station : Napoléon III, empruntant la route de la Schlucht que les industriels Hartmann de Munster avaient fait construire en 1858, honora Soultzbach de sa visite.


Avec la prospérité renaissante, de nouveaux travaux scientifiques et littéraires virent le jour. Citons l’analyse faite en 1853 par le professeur Oppermann de Strasbourg, d’où il résulte que l’eau de Soultzbach mérite d’être placées au premier rang des eaux minérales gazeuses.


Un an plus tard, la Source Minérale de Soultzbach, connue désormais sous le nom de Source Gonzenbach, fut classée par l’Académie Impériale de Médecine et autorisée par décret du 28 décembre 1854.


Malgré ces avantages vers la fin du siècle dernier, Soultzbach ne vécut plus guère que de sa renommée de jadis. De même que la mise et le costume, les stations hydrominérales se ressentent des caprices de la mode, bien que les propriétaires des eaux issues des profondeurs de sol restent immuables.


Dès lors l’importance de Soultzbach comme station balnéaire fut singulièrement réduite. Le nombre de ceux qui venaient se refaire à la source mêmes resta toujours limité.


Par contre, comme eau de table ou à titre d’eau médicinale, l’eau ferrugineuse de Gonzenbach demeura appréciée de tous ceux qui en usaient.


On l’expédiait en grande quantité, toujours pure et parfaitement limpide, abondamment chargée de gaz carbonique telle qu’elle jaillissait du sein de la terre.


De nombreux auteurs ont su décrire les délices qu’on éprouve à s’attarder dans le village et aux abords de la source, a l’instar d’un poète anonyme de l’an 1639 qui écrivit en distiques latins une hymne à Soultzbach et à sa source dénommée "Fons Sacer",

Antoine Campaux évoque les charmes de ce lieu en vers qui méritent d’être cités.


 


SOULTZBACH, à Francisque Devillaine.


Strasbourg 1862.


5. La Source au XXème Siècle.


La guerre de 1914/18 vint étendre les ravages jusque dans cette paisible vallée qui fut pendant quatre ans occupée par les troupes allemandes.


La proximité du front, toute circulation normale étant entravée, eut son contrecoup sur l’exploitation de la source et sur l’expédition de l’eau.


Compris dans la zone des opérations, Soultzbach fut livrée à l’abandon. Ni l’hôtel, ni le bâtiment d’exploitation ne peuvent être maintenus en état. La main d’œuvre, le matériel et les ressources financières faisant défaut, ce fut comme une phase d’anéantissement.


S’il y a cent ans on disait en Alsace :


"Nur in Soultzbach trinket der Bauer Sürwasser" (ce n’est qu’a Soultzbach que le paysan a le privilège de boire de l’eau acidulé),


on peut dire à présent, pendant les années de guerre, en déplaçant un seul mot :


"In Soultzbach trinket der Bauer nur Sürwasser ; (àSoultzbach, le paysan ne boit plus que de l’eau acidulé)."


Le propriétaire d’alors, M. MANN, se trouva complètement ruiné à l’issue de la première guerre mondiale. Il se vit forcé à céder le tout à la Société CAROLA, de Ribeauvillé.


La Société des Eaux Minérales de Soultzbach-Gonzenbach vit le jour.


Triomphant de toutes les difficultés, elle a porté tous ses soins en première ligne à la Source elle-même. En peu de temps, elle a réussi à remplacer l’ancienne et primitive installation par une organisation qui répond à toutes les exigences de l’hygiène et assure le captage parfaite du précieux liquide.


L’ancien puits, entièrement rénové et partagé en deux par une cloison étanche, a vu ses bords exhaussés. Ils dépassent maintenant de 60 cm le terrain qui serve de toute souillure et en permet l’inspection à travers une large et épaisse plaque de verre.


A proximité, une pompe électrique amène l’eau dans un réservoir en ciment armé, placé à 60 cm du sol et muni lui aussi d’un couvercle qui en permet le nettoyage complet. Un court tuyau relie le réservoir avec une machine à remplir construite selon les principes de la technique la plus moderne.


Les délicates manipulations de la mise en bouteilles y sont extraordinairement simplifiées. A deux pas de là se trouve la machine à capsuler, de sorte que cette dernière opération a lieu immédiatement après le remplissage.


Le rinçage des bouteilles s’effectue selon les principes qui ont donné à Carola-Ribeauvillé et aux grandes stations françaises de si parfaits résultats. Immergées dans un bac, les bouteilles y subissent un premier nettoyage mécanique et chimique aussi complet que possible, puis elles passent à la machine rotative qui les rince copieusement à l’intérieur comme à l’extérieur.


Puits, réservoirs et tous les appareils se trouvent réunis dans un même local qui diffère avantageusement de l’ancien, où pourtant l’eau de la source fut captée et mise en bouteille si longtemps sans que jamais il y eût lieu de se plaindre de la moindre altération.


Vers la fin des années 1970, M. Léonard, alors Directeur de la Source Carola, donc de Gonzenbach, avait échafaudé un plan de modernisation des étable. Malheureusement, le sort en a décidé autrement. M. Léonard mourut sans avoir pu réaliser son vœu.


Son successeur ne reprit que tièdement ce projet, malgré promesse sur promesse, dont il avait été tenu compte lors de la révision du Plan d’Occupation des Sols en 1990.


A la fin de l’année 1992,


la Source Gonzenbach produisait près de deux millions de bouteilles et occupait quatre ouvriers.


Malheureusement, la Société des Eaux Minérales de Soultzbach/Gonzenbach, propriété de la Société PERRIER, fut cédée, en 1992, à la Société NESTLE, Société multinationale suisse.


Très vite, cette dernière a imposé des conditions à la survie de la Source :


Augmentation de la production ;


Intégration dans le système CAROLA ;


Absence de tout reproche pouvant nuire à la qualité de l’eau minérale de Soultzbach.


Bien entendu, ces exigences n’ont pu être respectées, vu que :


En ce qui concerne l’augmentation de la production, des sondages effectués n’ont pas apporté de réponse satisfaisante. Normal, on ne peut pas demander à une source de produire plus que ce qu’elle produit.


La mise en conformité des installations, selon les nouvelles normes d’hygiène, présentait une telle contrainte que, vu l’investissement à réaliser , la Société a préféré faire marche arrière et "fermer l’établissement."


"On préfère une eau de substitution à une eau authentique connue depuis 300 ans"


La société NESTLE a établi une politique d’ensemble pour la Source CAROLA de Ribeauvillé, dans laquelle celle de Soultzbach n’avait guère de chance d’y figurer. Cette politique répondait aussi à celle des société actuelles : regroupement des sites de production en vue de réduire les frais d’exploitation.


Le procédé est à la mode aujourd’hui, sans tenir compte de l’impact local, historique ou social.


En avril 1993, la Source Gonzenbach a cessé d’exister, après plus de 393 années de bons et loyaux services.


C . Les bienfaits de la Source GONZENBACH


De nombreux médecins vantèrent les vertus de l’eau acidulée et ferrugineuse de Soultzbach. Ils pensaient que les qualités de l’eau dépendaient de la composition géologique du terrain, de l’air environnant, mais aussi de la position des astres. Ils rendaient aussi grâce à la Providence de sa générosité.


Les indications thérapeutiques étaient assez variées et imprécises.


L’Archiduc Léopold d’Autriche vint y soigner une "maladie grave". Le Comte Eberhardt de Ribeaupierre demanda "à l’eau de Soultzbach le rétablissement d’une santé usée au service de l’Empire". Les Bâlois y soignaient un accès de folie" dont les eaux de Soultzbach les libéraient, mais qui reprenaient à peine étaient-ils retournés chez eux".


Au temps de la Renaissance, l’eau était rarement recommandée comme boisson : par contre, l’usage du bain était prisé.


Il est vrai que les propriétés cliniques des eaux restaient longtemps mal connues.


Quelles propriétés les analyses modernes ont-elles découvertes dans l’eau de Soultzbach ?


L’eau de Gonzenbach est pure au point de vue bactériologique.


Sa composition chimique la range parmi les eaux bicarbonatées mixtées (bicarbonate de sodium, calcium, magnésium, lithium et manganèse).


Ses propriétés physico-chimiques démontrent que cette eau minérale, faiblement minéralisée, a ses sels presque complètement ionisés, qu’elle est fortement hypotonique, qu’elle est radioactive.


Ses effets thérapeutiques en font une eau alcalinisante, diurétique et reconstituante et en indiquent l’emploi dans les maladies suivantes :&

&

&

&

&

En résumé, l’eau de Soultzbach est bonne pour toutes les affections touchant les reins, le foie, la circulation sanguine, l’estomac.


Deuxième partie : Les autres sources


" est collectée dans un puits d’environ 10 mètres de profondeur.


L’eau qui jaillit du sol est conservée dans deux réservoirs de forme conique protégés et hermétiquement fermés.


L’eau des deux Sources monte par un tuyau dans un réservoir en cuivre d’une contenance de 2 mètres cube renforcé par une gaine d’acier et muni d’un robinet.


&


Messieurs Schangel et Bobenrieth restent propriétaires de la Source jusqu’en 1899.


Monsieur Schangel a transformé l’ancien Château Seigneurial en hôtel et accueilli de nombreux hôtes et malades soulagés par l’eau curative du Château.


En 1899, Monsieur Schangel vend la Source à Monsieur Brun qui la conservera jusqu’en 1903.


Le 19 septembre 1903, les Sœurs de la Divine Providence de Ribeauvillé achètent la propriété pour la transformer en maison de repos pour les Sœurs. A partir de ce moment, l’activité de l’établissement thermal cesse.


Pour la première fois, pendant la guerre (1914 - 1918), les bains sont fréquemment utilisés par les soldats allemands. La maison qui abrite les bains est repeinte à la fin de la guerre.


Aujourd’hui, dans une atmosphère de tranquillité, baignée d’une dance lumière, les religieuses coulent des jours paisibles.


Des fenêtres de chaque chambre de l’ancienne demeure Seigneuriale, on jouit d’une vue splendide.


Il est bien dommage que cette eau si délicieuse ne soit pas mieux exploitée ; le débit est toutefois de 60 Litres par 24 Heures.


L’administration du Château ne s’occupe aujourd’hui que de l’approvisionnement d’eau nécessaire à la consommation courante. Le surplus d’eau contenu dans le réservoir spécial est évacué par un tuyau et se perd dans la nature.


Actuellement, l’une des canalisations doit être obstruée par un éboulement et l’une des Sources alimentant la Source du château s’infiltre dans le sol et ressort peut-être

ailleurs ; mais où ?


CONCLUSION


Une petite Source, découverte il y a si longtemps par une génisse, qui a fait la fierté des habitants du village, développant autour d’elle un beau restaurant, tous deux abandonnés aujourd’hui.


Toutefois, à la fin de la Première Guerre Mondiale, la commune complète le nom de Soultzbach en y ajoutant "Les-Bains" pour immortaliser son prestigieux passé thermal; le bâtiment les Bains ayant disparu définitivement en 1976.


Une étude approfondie, avec les moyens actuels, donnerait certainement des indications intéressantes et précises sur un Trésor que bien des régions nous envient :


L’EAU


 


REMERCIEMENTS


Je remercie sincèrement Monsieur Bernard GISSINGER, premier adjoint au Maire de Soultzbach-les-bains ainsi que Madame Rolande MEGNOUCHE, qui m’ont d’une part aider à rechercher des anciens documents sur les différentes Sources de Soultzbach-les-bains, et d’autre part ils ont su tous deux m’expliquer clairement le passé proche ou lointain des différentes Sources.


Ils ont su, dans leurs paroles, me faire comprendre leur passion envers ce passé mémorable et me faisant part également de leur tristesse depuis la disparition d’un patrimoine qui leur était cher.


Je remercie également Monsieur André GRUNENWALD Professeur de "Langue et Culture Régionales" de m’avoir guider dans la réalisation de ce mémoire.


Je les remercie sincèrement de m’avoir consacrer un peu de leur temps afin de faire revivre en moi et en ceux qui lirons ce mémoire, combien ce patrimoine était important et de toute beauté.


&

Valentine IMHOFF


&

3. MIEG, Docteur et professeur à Bâle (1784)


4. J.J.  


UN BICENTENAIRE PAS COMME LES AUTRES

LA VIE DE CASANOVA


En 1998, cela fera deux cents ans que le "célèbre" CASANOVA est décédé à l’âge de 73 ans, bel âge pour l’époque, surtout après ses exploits hors du commun.


Ce personnage a défrayé la chronique de notre Cité, faisons un petit rappel de sa vie mouvementée, de ses exploits, de ses déboires, même s’il ne sont pas à prendre comme exemples. Enfin, il a toujours eu plus de mérites plus que le sinistre Euloge SCHNEIDER, révolutionnaire sanguinaire, qui fit, lui aussi, une halte remarquée à SOULTZBACH-LES-BAINS.